Quand les membres du Parti "socialiste" se réfugient derrière l'histoire...

Publié le par Batiste

Je reproduis ici un texte que j'ai rédigé en réponse à un courrier de M. Joseph Pinard, publié le lundi 8 avril 2013 dans le courrier des lecteurs du journal L'Est Républicain.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, M. Joseph Pinard est un éminent membre du PS, qui a été conseiller général du Doubs de 1973 à 2001, conseiller municipal de la ville de Besançon de 1977 à 2001, et député du Doubs de 1981 à 1986. M. Pinard est bien connu des militants de la gauche bisontine, car il passe son temps à venir leur cracher sa haine à la figure quand ils se risquent à organiser des tractages dans les rues de son ancien fief, et il aime à leur donner des leçons tout en se prévalant du titre d'historien. Joseph Pinard est certainement quelqu'un de très charmant avec tous ceux qui se prosternent devant le pragmatisme social-démocrate, mais son penchant pour la capitulation face aux banques et au patronat est doublé d'une terrible aversion pour les vilains populistes qui osent proposer une autre politique.

Avant de connaître son côté "Mister Hyde", j'avais eu l'occasion de l'entendre témoigner des changements induits par l'arrivée de la télévision dans l'Assemblée nationale, lors d'un colloque sur l'homme politique et l'histoire. J'en avais gardé un assez bon souvenir. Par la suite j'ai eu tout le loisir de constater la malhonnêteté intellectuelle qu'il déploie en politique, ainsi que la faiblesse de ses argumentations. Je pense qu'elles ont atteint leur point culminant lorsque Denis Sieffert, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire Politis, est venu à Besançon participer à un débat sur les « Médias en résistance », le 31 mai 2012. Joseph Pinard était alors venu distribuer des tracts faits maison, qui dénonçaient le stalinisme de Politis, en raison des critiques formulées par ce journal contre le SPD allemand, et de son relatif soutien à l'expérience Die Linke. A l'entendre, on aurait pu croire que les journalistes de Politis avaient eux-même monté la garde sur le mur de Berlin. Autant vous dire qu'on n'est pas prêts de voir ce personnage faire le même type de scandale le jour où Joffrin et Demorand viendront vendre du papier.

Régulièrement, M. Pinard s'amuse à envoyer des lettres incendiaires à L'Est Républicain, pour critiquer le Parti de Gauche et parfois insulter Jean-Luc Mélenchon. Comme je regrettais de ne jamais avoir pris le temps de répondre à ses brûlots, il m'a paru important de le faire au moins cette fois-ci. Avant de reproduire son texte et le mien (dont j'ignore s'il sera publié ou pas), j'en profite pour signaler que M. Pinard est bien plus poli et modéré quand il s'exprime à la radio que dans la vraie vie.

 

Pour Joseph Pinard, François Delapierre est un collabo :

pinard.png

Je précise que l'indication du code postal et de la ville de M. Pinard ne sont pas de mon fait.

 

Ma réponse à cette ignoble accusation :

Il suffit de lire le « coup de gueule » poussé par M. Joseph Pinard à propos du discours de François Delapierre au congrès du Parti de Gauche, pour en conclure que M. Pinard, comme la quasi totalité des commentateurs, ne l'a pas entendu. Ce discours peut être trouvé sur internet.

Le regarder [1] permet de remarquer que ce n'est ni aux années 30, ni à la collaboration qu'il fait écho, mais plutôt à une allocution pleine de promesses d'un certain François Hollande, qui avait fait du « monde de la finance » son « véritable adversaire », et avait déclaré à son sujet qu'il n'avait « pas de nom », « pas de visage » et « pas de parti ».

 François Delapierre, dans son discours, s'est efforcé de rectifier ces propos. Car en effet, quelques jours plus tôt, le monde de la finance venait de dicter sa loi à tout un peuple, en imposant la taxation des dépôts et la mise en place d'un blocus monétaire à Chypre. Et il était tout à fait possible de mettre des visages sur ces décisions, prises par les 17 membres de l'Eurogroupe. L'un  de ces visages avait un nom, Pierre Moscovici, une adresse, Bercy, et même un parti, le Parti Socialiste.

Loin d'appeler à la violence contre le ministre français, le « bras droit de Mélenchon » pointait ainsi du doigt l'hypocrisie des dirigeants qui s'abritent derrière un écran de fumée lorsqu'ils sacrifient le bien-être des peuples sur l'autel de la finance. Il semble manifestement plus facile de répondre par la calomnie que de rendre des comptes.

 

COMPLEMENT DU 18 AVRIL 2013 :

Ma réponse à Joseph Pinard se devait d'être concise, car elle devait pouvoir être reproduite telle quelle en réponse à sa lettre à L'Est Républicain. Je me suis donc efforcé d'aller à l'essentiel, pour éviter que des passages importants ne soient coupés en cas de publication. Mais depuis l'ajout de ce texte sur mon blog, j'ai remarqué plusieurs éléments nouveaux, qu'il me semble important de signaler ici.

Le premier élément, c'est que le texte de Joseph Pinard reproduit dans L'Est Républicain a subi des coupes : on peut en trouver une version plus complète sur d'autres sites, comme celui du Nouvel Observateur, où lui a été donné le titre "A Messieurs les donneurs d'adresse". Dans sa version complète, le texte de M. Pinard est introduit par une définition des mots "adresse" et "salopard". Alors que la première définition est plutôt neutre, la seconde me parait très orientée, puisqu'elle insiste sur le caractère malhonnête du salopard. Ce même terme peut aussi être employé pour désigner quelqu'un qui agit sans le moindre scrupule. Ce n'est pas tout à fait la même chose.

Mais il y a bien pire. Entier, le texte de Joseph Pinard franchit une étape de plus dans l'infâmie. On peut en effet y lire, après l'évocation des Jésuites de Poitiers, les lignes suivantes : « Le même journal, le 13 mai 1943, signalait que "Armand Bernard et Samson Frimliber se portent à ravir, ils sont à Monaco, on connaît des gens qui pâtissent un peu plus de la guerre juive". Certes l’adresse n’était pas complète, mais les chasseurs de juifs étaient mis sur la piste ».

Comment comprendre cela autrement que par une accusation pure et simple d'antisémitisme ? Ces deux phrases, et leur utilisation dans ce contexte, sont totalement abjectes... Je ne saurais que trop conseiller à M. Joseph Pinard et à ses "camarades" de cesser d'instrumentaliser ce type d'accusation à des fins politiciennes, car il s'agit d'un comportement très dangereux, qui ne peut que faire le jeu des antisémites.

Enfin, je me suis amusé à faire une petite recherche sur un passage du texte qui ne m'avait pas spécialement intéressé au moment de rédiger ma réponse. Il s'agit du passage où Joseph Pinard reproche à Jean-Luc Mélenchon d'avoir utilisé l'expression : « l’infecte sociale démocratie ». Il m'a suffit de taper ces mots sur internet pour déterminer que cette expression provient d'un article du journal Libération , publié par Lilian Alemagna le 13 mars 2013.

Je pense que cette citation tirée hors de son contexte en dit très long sur les méthodes de Monsieur l'agrégé d'histoire [2] Joseph Pinard :

Aujourd’hui, le coprésident du PG dénonce « l’infecte sociale-démocratie » qui « au Venezuela a fait tirer sur la foule qui protestait contre sa politique néolibérale ».

Le moins qu'on puisse dire des méthodes de Pinard, c'est qu'elles ne sont pas très ragoûtantes.

 

Notes :

[1] En particulier à partir de 9 minutes et 55 secondes.

[2] Si je me permets d'insister sur ce titre, c'est uniquement parce que l'intéressé lui-même le met systématiquement en avant. Sur le site du Nouvel Observateur, sa lettre est signée : « Joseph Pinard, agrégé d'histoire, ancien député du Doubs ».

Publié dans Politique

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Michel 18/04/2013 14:53


Merci Baptiste de tes précieuses analyses qui, ici, permettent de débusquer cet "infecte et malhonnête social démocrate" qu'est Joseph Pinard. Comme tu le dis, il ne cesse de harceler les
militants de gauche lorsqu'ils diffusent des tracts dans la rue. La 1ère fois que j'ai eu affaire à lui, c'était lorsque nous diffusions des tracts place Pasteur pour appeler à une assemblée
citoyenne sur l'Europe à laquelle nous avions invité, entre autres, des représentants de die Linke. Il m'a abordé pour m'affirmer qu'à die Linke, il n'y avait que des anciens staliniens et des
anciens de la STASI. J'ai pu lui confirmer cela la semaine suivante en lui disant qu'en plus ces anciens staliniens et de la STASI étaient conditionnés très jeunes puisque les deux représentants
que nous avait envoyé die Linke avaient environ 25 ans donc étaient à peine nés lorsque le mur de Berlin est tombé. Oui, Monsieur Joseph est bien comme tu le décris.