Mélenchon, L'Est Républicain, et l'intox de Libération

Publié le par Batiste

Je reproduis sur mon blog un texte rédigé hier soir, en réponse à un article de Lilian Alemagna que le journal Libération a publié le 6 février 2012 dans sa rubrique "Désintox". Ce texte est évidemment destiné être largement diffusé, afin que chacun puisse mesurer la bassesse des attaques dont le candidat du Front de Gauche est régulièrement la cible. Si vous en jugez le contenu pertinent, n'hésitez donc pas à le reproduire sur vos blogs, à le télécharger en PDF, à l'envoyer par mail, à en faire circuler l'adresse... Faites en ce que vous voulez. Le seul média sur lequel nous pouvons réellement compter, c'est nous !

 

 

Réplique à la rubrique « Désintox » de Libération du 6 février 2012

 

 

Un bref rappel des faits :

 

Samedi 28 janvier dans l'émission de Laurent Ruquier, Jean-Luc Mélenchon fait référence au succès des derniers meetings du Front de Gauche. Évoquant le succès de celui qui s'est tenu à Besançon le 24 janvier, il déclare : « Le mieux c'est Besançon là, 4500 [personnes]... extraordinaire. Il n'y a pas eu une image à France 3, il n'y a pas eu une photo dans le journal du coin ». Trois jours plus tard, sur son blog, il rectifie cette affirmation en faisant état d'un petit reportage de deux minutes, diffusé par France 3 Franche-Comté dans le 12/13 du 25 janvier. Mais il maintient toutefois sa critique sur l'insuffisance du traitement médiatique de ce meeting : aucune reprise de l'information dans le 19/20 régional et, surtout, absolument aucune couverture médiatique de ce meeting dans l'Est Républicain du 25 janvier : « pas une ligne ni une photo dans le journal local ».

 

L'article de Lilian Alemagna, publié le 5 février sur le site internet de Libération, et le lendemain dans sa version papier, dans la rubrique « Désintox » du journal, prétend prendre Mélenchon « en flagrant délit de mauvaise foi médiatique ». Mais en réalité cet article, qui comporte de nombreuses inexactitudes, déforme totalement les critiques émises par Mélenchon. Ce droit de réponse a comme objectif de démontrer preuves à l'appui que l'article de M. Alemagna, loin de désintoxiquer quoi que ce soit, manque complètement sa critique.

 

Une formulation à peu près correcte des critiques de Mélenchon :

 

Dès la première phrase de son article, M. Alemagna affirme que « Jean-Luc Mélenchon est parti en croisade contre la presse quotidienne et les France 3 régions », alors qu'en réalité, seuls le journal l'Est Républicain et France 3 Franche-Comté ont été la cible de ses critiques, et ce uniquement pour un point bien précis, à savoir la quasi absence de médiatisation du meeting de Besançon... Mais cela importe peu, car M. Alemagna n'est pas à une approximation près. Un peu plus loin, par exemple, il prétend que Mélenchon s'en est pris à Audrey Pulvar, sur le plateau de Laurent Ruquier, alors qu'elle n'était pas du tout concernée par sa critique de France 3. C'est Audrey Pulvar qui s'est sentie obligée de défendre son ancienne chaîne : à aucun moment elle n'a eu à « se défendre » d'accusations venant de Mélenchon, car elle n'était pas dans son collimateur. Mais passons sur ces points de détail.

 

Au début de son article, M. Alemagna commence par exprimer à peu près fidèlement les motifs qui ont amené Mélenchon à critiquer L'Est Républicain et France 3 Franche-Comté. Le journaliste, qui prend ses distances avec les critiques de Mélenchon, les résume en effet en ces termes : « Raison du courroux : ils n'auraient pas parlé de son meeting devant plus de 4.000 personnes au Palais des sports de Besançon le mardi 24 janvier » — en rognant seulement au passage quelques centaines de personnes, et en désignant par le terme « courroux » ce qui n'est que mise au point légitime. Il s'agit cependant d'une phrase importante, dont il faudra nous souvenir un peu plus loin.

 

Le premier tiers de l'article, censé correspondre à la partie « Intox », fait ainsi le point sur les faits et sur les critiques émises par le candidat du Front de Gauche à l'encontre de France 3 Franche-Comté, et de l'Est Républicain. Arrive ensuite la partie « Désintox » de l'article de M. Alemagna, qui débute par une trentaine de lignes sur France 3, puis se poursuit par un développement deux fois plus long, consacré à L'Est Républicain.

 

Au sujet de France 3 : absolument rien de neuf sous le soleil...

 

Puisque Mélenchon a déjà écrit une mise au point sur France 3, il ne paraît pas nécessaire de s'étaler longuement sur le sujet. Mais les attaques de M. Alemagna méritent qu'on y réponde. Le journaliste reproche tout d'abord à Mélenchon d'avoir fait confiance à ses proches au lieu d'aller « faire un tour dans les archives en ligne de France 3 et de L'Est Républicain »... M. Alemagna est pourtant plutôt bien placé pour savoir que l'agenda surchargé du candidat du Front de Gauche ne lui laisse guère de temps pour se consacrer à ce genre de loisirs. Et de fait, un grand nombre de sympathisants du Front de Gauche, qui n'ont pas la possibilité de regarder le journal télévisé du midi, et n'ont pas forcément tous accès à internet, ont d'abord cru à un boycott pur et simple du meeting par France 3. La rumeur de passage à la trappe du meeting, qui s'est déclenchée le soir du 25 janvier, n'est pas sans rapport avec les choix éditoriaux de L'Est Républicain, évoqués plus bas dans cette mise au point. Il serait intéressant, au passage, que M. Alemagna s'amuse à chercher des traces d'un article sur le meeting de Besançon dans les archives en ligne de L'Est Républicain... Et pour cause : il n'y en a pas.

 

Mais revenons à nos archives en ligne... M. Alemagna signale donc que, dans celles de France 3, on trouve un reportage sur le meeting de Besançon. Aucune « désintox » là-dedans puisque Mélenchon en avait donné le lien sur son blog, dans sa mise au point du 31 janvier... En fait, c'est en donneur de leçons que s'érige M. Alemagna, pour qui « le numéro de mauvaise foi continue » simplement parce que Mélenchon persiste à dire qu'un petit rappel du meeting du Front de Gauche dans le journal télé du soir — à une heure de plus grande audience —, n'aurait pas été scandaleux, ni outrageusement redondant. M. Alemagna, qui ne désintoxique rien du tout, en profite au passage pour caricaturer la position de Mélenchon. Ce dernier, d'après le journaliste, aurait attendu de France 3 Franche-Comté que la chaîne diffuse « deux fois le même sujet, dont une fois plus de vingt-quatre heures après l'événement... ». Signalons que la première partie de cette citation repose sur un procès d'intention... Et que la deuxième ne présente aucun sens car, en toute logique, le 19/20 du 25 janvier a été diffusé moins de vingt-quatre heures après le meeting de la veille.

 

En somme, M. Alemagna reproche à Mélenchon d'avoir osé penser qu'un meeting ayant attiré 4.500 personnes un soir de semaine, dans la ville moyenne de Besançon, aurait mérité d'être évoqué dans l'édition régionale du 19/20... Par exemple, juste entre le sujet consacré à l'accident de chantier sur l'A36 (ayant entraîné une blessure mineure à la cheville), et la brève évoquant un chauffeur routier slovène arrêté parce qu'il avait regardé un film tout en conduisant. Précisons à tout hasard que cette dernière remarque est étrangère aux propos de Mélenchon, qui se limitent à ceux tenus sur son blog. Cette pointe d'ironie n'engage de fait que les auteurs de cette mise au point.

 

Une défense de L'Est Républicain... qui repose sur la déformation des critiques de Mélenchon :

 

Arrive ensuite le plus gros morceau de l'article, consacré à la défense de l'Est Républicain. Et selon M. Alemagna, « le reproche fait à l'Est Républicain est encore plus déloyal ». Outre les difficultés à comprendre ce que M. Alemagna peut bien vouloir dire lorsqu'il qualifie de la sorte les critiques de Mélenchon, cette phrase laisse véritablement perplexe lorsqu'on l'examine à la lumière des faits. Car si France 3 Franche-Comté s'est contentée du service minimum, elle a eu au moins la décence, elle, de donner une couverture médiatique au meeting de Besançon, là où l'Est Républicain l'a purement et simplement passé la trappe... Car en effet, malgré tous les efforts déployés par M. Alemagna pour tenter de faire croire le contraire, c'est bien ce qui s'est produit.

 

C'est à cet instant de notre démonstration qu'il convient de rappeler le motif de ce que M. Alemagna appelle le « courroux » de Mélenchon. Car le journaliste l'a très justement souligné dans le début de son article : ce que regrette Mélenchon — mais aussi et surtout l'ensemble des sympathisants et des militants franc-comtois du Front de Gauche —, c'est le fait que l'Est Républicain n'ait « pas parlé de son meeting devant plus de 4.000 personnes au Palais des sports de Besançon ». Vérifions donc, citations à l'appui, de quel côté se trouve la mauvaise foi.

 

Commençons par examiner les arguments apportés par le journaliste pour prendre la défense de ses confrères de L'Est Républicain :

 

« Le reproche fait à l'Est Républicain est encore plus déloyal. Que voit-on sur les unes de l’édition Doubs du 25 janvier ? Une jolie photo plein pot de Jean-Luc Mélenchon, mégaphone en main, devant l'usine Peugeot scooters de Mandeure, dans la banlieue de Sochaux où il s'était rendu le matin de son meeting. En titre : "Mandeure : Mélenchon cogne sur le capital et le FN" (…). En page 2 du journal, un bel article sur cinq colonnes, avec photo, titré "Mélenchon frappe au cœur". Le reportage vante même sa "radicalité", sa "révolution citoyenne", reprend nombre de ses propositions formulées lors d'une rencontre avec des syndicalistes dans la matinée et évoque son meeting du soir. On est quand même loin du "négationnisme médiatique" ».

 

Reprenons la critique de Mélenchon, telle que M. Alemagna l'a lui même formulée dans le début de son article : « ils n'auraient pas parlé de son meeting devant plus de 4.000 personnes au Palais des sports de Besançon le mardi 24 janvier ». C'est effectivement le silence de L'Est Républicain sur le meeting qui a amené Mélenchon à parler de « négationnisme médiatique », et rien d'autre... Il suffit de relire son billet de blog du 31 janvier pour le constater. Mais notre spécialiste de la « désintox », qui a pourtant bien compris la nature de la critique, tente de s'en sortir par une pirouette. Au lieu de démontrer que L'Est Républicain ne méritait pas les reproches qui lui ont été faits par Mélenchon, il se contente d'affirmer que le journal a couvert le déplacement effectué dans la matinée du 24 janvier par le candidat du Front de Gauche, à Mandeure, Montbéliard et Belfort.

 

http://lesitedumexicain.free.fr/blog/liberation/ER_25_une_mini.jpgUne jolie photo... mais sans rapport avec le meeting (cliquer pour agrandir)

 

L'Est Républicain n'a absolument rien dit du meeting de Besançon :

 

La « jolie photo » en Une n'a rien à voir avec le meeting de Besançon, bien qu'une maigre référence à ce dernier figure dans sa légende : « Avant d'animer un grand meeting à Besançon, le candidat du Front de Gauche est allé, hier, avec le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, à la rencontre des salariés du Pays de Montbéliard et notamment ceux de Peugeot Scooters, à Mandeure ». Bref le meeting est évoqué au passage, mais sans plus. Et qu'en est-il de ce « bel article sur cinq colonnes » dont M. Alemagna dit tant de bien (en se gardant bien de préciser que trois colonnes de cet article se limitent à six lignes de haut), et qui est censé démontrer que Mélenchon fait preuve d'une mauvaise foi sans limites, lorsqu'il ose prétendre que L'Est Républicain n'a « pas parlé de son meeting devant plus de 4.000 personnes au Palais des sports de Besançon le mardi 24 janvier » ?

 

http://lesitedumexicain.free.fr/blog/liberation/ER_25_mini.jpgLe « bel article » du 25 janvier (cliquer pour agrandir)

 

La seule phrase de cet article dans laquelle il est question du meeting du Front de Gauche, est celle qui le conclut en ces termes : « Toutes ces "mesures de radicalité" ont convaincu la centaine de personnes qui hier l'a accueilli à Montbéliard avant de le suivre à Alstom Belfort puis à Besançon où se tenait, hier soir, le grand meeting régional du Front de Gauche ». Voilà. Pas un mot de plus... C'est de cette façon là que L'Est Républicain a couvert le meeting de Besançon. Au lendemain de ce rendez-vous politique majeur, les lecteurs de ce journal auront donc eu pour uniques informations le fait qu'il s'agissait d'un meeting à la fois « grand » et « régional » (donc probablement pas si grand, en fait), et qu'une centaine de personnes (convaincues) ont accompagné Mélenchon à Montbéliard, à Belfort, puis à Besançon.

 

Ceux qui auront participé au meeting en revanche savent que deux mille personnes étaient attendues au départ, dans un Palais des Sports qui pouvait en accueillir un peu plus de 4.500. Ils savent aussi que, contre toute attente, le meeting a fait salle comble. Il savent que toutes les places assises étaient occupées, que les travées comme le parterre étaient remplis de gens debout. Que certains n'ont pas pu assister au meeting autrement qu'en le suivant sur des écrans placés dans les couloirs. Eux seuls savent que, selon les techniciens du Palais des Sports de Besançon, la salle n'avait jamais connu une telle affluence, en particulier pour un meeting politique. Enfin, contrairement à ceux qui n'ont eu de retours sur l'événement que par l'intermédiaire de L'Est Républicain du 25 janvier, ils savent que ce soir-là, il s'est produit un véritable événement : une affluence comme on n'en n'avait plus vu dans la région depuis la venue de François Mitterrand en 1981...

 

Voilà donc de quelle façon l'Est Républicain a couvert ce meeting, qui a fait l'objet d'articles dans de grands médias nationaux comme Le Monde, Libération, Médiapart, Politis, L'Humanité et La Croix, pour ne citer qu'eux : « Toutes ces "mesures de radicalité" ont convaincu la centaine de personnes qui hier l'a accueilli à Montbéliard avant de le suivre à Alstom Belfort puis à Besançon où se tenait, hier soir, le grand meeting régional du Front de Gauche ».

 

Chacun pourra donc constater, à la suite de M. Alemagna, que « certes, le journal n'a pas fait de compte-rendu strict du meeting »... Chacun pourra également juger de la pertinence avec laquelle ce spécialiste de la « désintox » a démasqué l'escroquerie intellectuelle des amis de Mélenchon, dont le candidat du Front de Gauche s'est ensuite fait le relais à l'échelle nationale... Chacun se fera donc un avis sur l'honnêteté de M. Alemagna, accusant Mélenchon de mauvaise foi, quand ce dernier dit que le journal L'Est Républicain n'a « pas parlé de son meeting devant plus de 4 000 personnes au Palais des sports de Besançon ».

 

La dernière cartouche (mouillée) de M. Alemagna :

 

En fin d'article, bien conscient de la faiblesse de son argumentation, le journaliste rajoute à la suite un argument — un véritable argument, cette fois — qui relève d'un aspect purement technique :

 

« Certes, le journal n'a pas fait de compte-rendu strict du meeting. Mais ce mardi soir, Jean-Luc Mélenchon a pris la parole vers 21 heures pour finir après 22 heures. La rédaction de L'Est Républicain boucle à... 22 heures. Comme Libération ou d'autres médias nationaux qui, pour ce déplacement, avaient aussi choisi de privilégier le reportage au meeting dans leurs éditions papier pour des raisons d'horaires... ».

 

Malheureusement pour M. Alemagna, cet argument n'a rien de convaincant... Signalons tout d'abord qu'aucun journaliste de L'Est Républicain n'est venu à la conférence de presse organisée dans l'après-midi à Besançon, ni au meeting qui s'est déroulé le soir. Si une équipe de l'Est Républicain a suivi Mélenchon dans ses déplacements du matin, aucun de ses journalistes ne s'est déplacé à Besançon, où se trouve pourtant le siège régional de ce journal... S'ajoute à cela le fait qu'il ne s'agit en aucun cas d'un problème d'horaire, comme en atteste la récente couverture par L'Est Républicain du meeting de Philippe Poutou. Car le candidat du NPA, en meeting à Besançon dans la soirée du vendredi 3 février, a lui aussi terminé son intervention après 22 heures... Ce qui n'a pas empêché L'Est Républicain de consacrer un article à son meeting dès le lendemain, en page 2 (Doubs), avec une photo de son intervention, un paragraphe sur son déplacement de la matinée à PSA-Sochaux, et un compte-rendu de son meeting (nombre de gens présents, principaux thèmes abordés, etc). Alors, M. Alemagna, de quel côté se trouve donc l'intox ?

 

Pour enfoncer le clou, il est enfin possible de s'appuyer sur la réponse faite par le directeur régional de L'Est Républicain à de nombreux mails de protestation, que lui ont adressé des sympathisants et des militants du Front de Gauche. Dans la courrier-type envoyé aux citoyens franc-comtois étonnés par l'absence de traitement du meeting, dans les colonnes de son journal, le responsable régional de ce journal admet lui-même que la rédaction de Besançon a fait le choix délibéré de ne pas parler du meeting :

 

« En réponse à votre demande d'explication, je vous précise que notre rédaction de Besançon a fait le choix de traiter le déplacement de M. Mélenchon dans le Doubs à travers sa rencontre de terrain avec les salariés de Peugeot Scooter (…). Nous avons fait ce choix en toute indépendance, avec le souci de varier les modes de traitement et de contenu, sachant que, la semaine précédente, le meeting tenu à Metz par M. Mélenchon avait été relaté dans nos colonnes en pages France Monde, qui paraissent en Lorraine comme en Franche-Comté ».

 

Notons au passage que M. Alemagna a tenté de trouver à ses confrères des excuses qui ne rejoignent en rien celles avancées par le responsable régional du journal. Pour finir sur une touche un peu plus énigmatique signalons enfin que son propre article sur le déplacement de Mélenchon dans le Doubs, dont une bonne partie est consacrée au meeting de Besançon (car lui était présent sur place), semble avoir été publié sur le site de Libération le 24 janvier à 21h06. Serait-ce une erreur d'affichage ou la preuve qu'il était possible de couvrir décemment le meeting sans même en attendre la fin ?

 

Mélenchon, L'Est Républicain et la mauvaise foi de Lilian Alemagna :

 

C'est à la lecture de la conclusion de l'article de M. Alemagna que peut être mesurée l'ampleur de la mauvaise foi contenue dans sa prétendue « Désintox » sur Mélenchon et L'Est Républicain.

 

Rappelons que le journaliste a d'abord affirmé à juste titre, au début de son article, que la critique de Mélenchon portait sur le fait que L'Est Républicain n'avait « pas parlé de son meeting devant plus de 4.000 personnes au Palais des sports de Besançon le mardi 24 janvier ». Puis que dans la totalité de son article, M. Alemagna est bien forcé de reconnaître (malgré lui) que L'Est Républicain n'a pas du tout couvert le meeting de Besançon. Les excuses qu'il tente de trouver à ses confrères, associées aux compliments qu'il fait de la photo en Une et de l'article du 25 janvier n'enlèvent rien du tout à la pertinence du reproche que Mélenchon fait à ce journal. Mais cela, M. Alemagna ne s'en soucie pas, car il sait que la plupart des lecteurs de Libération ne pourront pas juger sur pièces, ou ne feront pas la démarche d'aller consulter les articles publiés dans L'Est Républicain.

 

En fin d'article, il achève définitivement d'intoxiquer ses lecteurs les plus crédules, en tentant de les persuader de la malhonnêteté de Mélenchon :

 

« Enfin, il est curieux que Jean-Luc Mélenchon dise qu'il n'y ait pas eu « une ligne ni une photo dans le journal local »... Surtout que, le lendemain de son meeting, assis dans le bus qui l'emmenait avec son équipe et les journalistes vers la gare TGV de Besançon, il avait sur les genoux toute la presse du jour. Dont l'Est Républicain ».

 

Et le tour est joué : Mélenchon ment puisqu'il se plaint de n'avoir eu droit à aucune photo et à aucun article, comme permettent de le faire avaler la déformation de ses arguments par M. Alemagna et la citation en caractères gras, bien rouge, mise en exergue en haut à gauche de son article...

 

Le lecteur averti, lui, aura compris que Mélenchon, en parcourant L'Est Républicain du 25 janvier, dans son bus, n'y a bel et bien trouvé « pas une ligne ni une photo » sur le meeting. D'où la critique ciblée et légitime du candidat du Front de Gauche, qui repose sur des faits incontestables.

 

 

 

 

En guise de conclusion...

 

Le meeting de Besançon aura donc fait l'objet d'une magnifique médiatisation de la part des médias locaux, dont M. Alemagna aime tant à chanter les louanges... Une couverture médiatique telle, qu'il faudrait vraiment être mal intentionné, pour oser la trouver moindre par rapport à celle des meetings de Marine Le Pen attirant 800 personnes, ou à celle des meetings de François Hollande auxquels ont assisté 2.000 personnes. N'en déplaise à certains journalistes, qui n'ont que des sondages en guise de boussoles, ces différences de traitement de l'information choquent un nombre croissant de lecteurs de leurs articles, d'auditeurs de leurs chroniques et de téléspectateurs de leurs émissions...

 

http://lesitedumexicain.free.fr/blog/liberation/ouestrepublicain_mini.png

Quand L'Est ne fait pas son boulot... C'est à L'Ouest de s'y coller !

 

D'ailleurs, en réalité, ce n'est pas Mélenchon qui « est parti en croisade contre la presse quotidienne et les France 3 régions ». Car cette « croisade », qui n'est que le souci du respect de la déontologie journalistique, est menée sur le terrain par les sympathisants et les militants du Front de Gauche. Ils ont d'abord manifesté leur indignation en envoyant des mails et des courriers à la rédaction de l'Est Républicain, puis ont organisé un rassemblement citoyen devant le siège franc-comtois du journal, le 27 janvier, accompagné d'une campagne d'affichage parodique destinée à faire le travail que n'ont pas fait les médias locaux. Ils avaient l'habitude d'être ignorés, voire méprisés par ces derniers toute l'année, mais le passage sous silence d'un tel meeting rassemblant 4.500 personnes aura été la goutte d'eau qui fait déborder le vase... En portant leur indignation au niveau national, Mélenchon s'est fait le relais de leurs revendications pour le respect du pluralisme dans les médias locaux.

 

Il paraît nécessaire de préciser, par souci d'honnêteté intellectuelle, que L'Est Républicain a fini par évoquer le succès du meeting de Besançon, trois jours après. Pas dans un article, mais dans le cadre d'un petit billet intitulé « Meetings », publié en page 3 (Besançon) dans l'édition du 27 janvier. Pas très sympa ce billet, mais c'est la seule solution trouvée par L'Est Républicain pour tenter de mettre fin aux critiques dont le journal faisait l'objet... Visiblement, les confrères de M. Alemagna n'ont pas daigné l'en informer. Il est bien connu que les journalistes détestent avoir tort... Et ce billet, malgré son ton acide, beaucoup l'ont perçu comme un aveu. Face au confrère de Libération, les journalistes de L'Est Républicain auraient-ils eu honte d'avoir fini par reconnaître leur erreur ?

 

 

Un grand merci à Raphaël pour son aide précieuse et à Michel pour les scans des articles.

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curcuma 29/02/2012 15:27


Bravo pour ces clarifications. La question des médias est évidemment essentielle et je vous signale ce petit montage sur quelques rapports stratégiques entre Mélenchon et les médias (2 parties):


http://www.youtube.com/watch?v=UmecoE5hdCY


http://www.youtube.com/watch?v=-dy8CgT4O-Y

Batiste 04/03/2012 02:05



Merci pour ces deux vidéos, qui ont dû demander un énorme travail ! Les images sont bien choisies, le montage est pertinent... Impeccable !



GdeC 08/02/2012 01:47


t'inquiètes, le gars, ne dépense pas toute ton énergie pour ça... Ce silence nous sert, ça finit par se voir, toute cette tricherie, au point que même des gens pas liés à notre cause s'en
émeuvent. Et puis, comme je le prends en titre pour parler du meeting de Villeurbanne, encore un énorme succès, "le meilleur média, c'est le peuple lui-même"...