Le médiacrate a toujours raison ! Cette fois, c'est Jean Quatremer qui nous le prouve...

Publié le par Batiste

Jean Quatremer [1] n'aime ni Mélenchon ni le Front de Gauche et il tient à ce que cela se sache ! Dans un billet publié sur son blog jeudi dernier, il s'en est pris violemment à eux, les accusant de complaisance envers la dictature biélorusse. M. Quatremer n'en est pas à son coup d'essai, car il s'agit de sa quatrième attaque contre Mélenchon en moins de deux mois. [2] J'aurais beaucoup aimé décortiquer chacune de ses attaques sur mon blog, mais je n'en ai trouvé ni le temps ni la motivation. Cette fois, en s'en prenant à l'ensemble des élus du Front de Gauche, il a clairement dépassé les bornes ! Je ne peux donc m'empêcher de contre-attaquer, en dénonçant les méthodes peu scrupuleuses de ce personnage, dont l'anticommunisme primaire n'a d'égal que son idolâtrie pour l'eurolibéralisme.

 

Quatremer accuse le Front de Gauche de complaisance envers les « dictatures rouges »

 

Dans son billet du 20 janvier 2011, intitulé "Jean-Luc Mélenchon opposé aux sanctions contre la dictature (rouge) biélorusse", Jean Quatremer écrivait que « Chacun a ses bonnes dictatures. Les conservateurs et les socialistes ont ces temps-ci une faiblesse coupable pour les dictatures étiquetées "rempart contre l’islamisme" (...) alors que la gauche radicale, elle, a une tendresse évidente pour les dictatures rouges. Le député européen du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, et ses amis communistes viennent de s’illustrer une nouvelle fois en refusant de voter, aujourd’hui, une résolution du Parlement européen demandant un durcissement des sanctions contre Alexandre Loukachenko, président de la Biélorussie, une ancienne République soviétique restée communiste et employant les mêmes méthodes que la défunte URSS ». Puis, plus loin : « Sous prétexte qu’ils sont opposés aux sanctions, les députés de la GUE (groupe  politique où siège M. Mélenchon) ont refusé de voter ce texte (...). Comme il n’y a pas eu de vote électronique, mais un simple vote à main levée, il n’y a pas de trace écrite de ce forfait. Heureusement, les députés Verts qui jettent toujours un œil sur les bancs de la gauche, et donc sur Jean-Luc Mélenchon, se sont empressés de me signaler ce petit fait si révélateur de ce que sont vraiment le Front de gauche et le PCF, toujours prompts à soutenir les dictatures rouges ». Il concluait son développement sur le vote de la GUE par cette phrase : «Et que les choses soient bien claires : je déplore que le Parlement (...) ne condamne pas avec la même vigueur tous les régimes dictatoriaux, mais ce n’est pas une raison pour ne pas condamner le régime biélorusse, la dernière dictature européenne ».

 

En clair, M. Quatremer affirme que « le député européen du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, et ses amis communistes » éprouvent « une tendresse évidente pour les dictatures rouges » qu'ils sont « toujours prompts à soutenir ». Pire encore, en déplorant « que le Parlement (...) ne condamne pas avec la même vigueur tous les régimes dictatoriaux » et en rajoutant que pour lui « ce n’est pas une raison pour ne pas condamner le régime biélorusse », il sous-entend que si les députés du Front de Gauche se sont abstenus de voter la résolution du Parlement européen, c'était pour ménager le régime biélorusse ! [3]

 

Et la vérification des sources, c'est en option ?

 

Malheureusement pour Jean Quatremer, les informations que lui ont fournies ses amis Verts sur le vote des députés du Front de Gauche étaient à la fois partielles et partiales. En effet, cette abstention s'explique par le fait que la GUE avait émis sa propre "proposition de résolution sur l'élection présidentielle en Biélorussie" le 17 janvier 2011 ; proposition qui critiquait le régime biélorusse en dénonçant le manque de transparence des dernières élections, en condamnant les violences commises — en particulier la répression de la manifestation du 19 décembre 2010 — et en demandant aux autorités de mettre fin aux atteintes à la liberté d'expression, notamment à celle des médias. Ce texte, contrairement à la résolution commune votée par le Parlement, avait le mérite de n'envisager aucune sanction économique susceptible de nuire au peuple biélorusse.

 

En fait, si M. Quatremer n'évoquait à aucun moment cette proposition de résolution de la GUE dans son billet, c'est parce que ses amis Verts avaient oublié de lui en parler et qu'il n'a pas jugé bon de mener le moindre début d'enquête avant de rédiger son attaque contre Mélenchon. C'est d'ailleurs en lisant les commentaires de son propre blog qu'il a appris l'existence de la proposition de résolution soutenue par les députés du Front de Gauche, puisqu'un internaute — qui n'est sans doute pas payé pour faire le journaliste à Bruxelles — l'avait dénichée avant que Mélenchon ne se décide à contre-attaquer sur son blog :

 

http://lesitedumexicain.free.fr/blog/quatremer/QM_marc.png

 

Je prends le parti de ne pas trop m'étendre sur la riposte de Mélenchon. Si ses arguments sont implacables et sa colère tout ce qu'il y a de plus légitime, sa contre-attaque aurait gagné à être plus subtile. Mais en même temps, Quatremer l'avait bien cherché ! Heureux de le prendre la main dans le sac, Mélenchon dénonce ses méthodes et critique ses indignations sélectives — le même jour, tous les groupes parlementaires (sauf la GUE) ont soutenu un accord de libre-échange entre l'Union Européenne et la Libye, qui venait de manifester son soutien à Ben Ali —, avant d'affirmer que les trente-quatre députés du groupe GUE ont préféré voter pour leur propre texte. Il explique en outre les motifs de leur abstention face au texte majoritaire.

 

« On ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif... »

 

Offusqué par le ton de la réplique de Mélenchon, Jean Quatremer se fend dès le lendemain d'un nouveau billet intitulé "Mélenchon : le médiacrate persiste et signe", billet dans lequel il tente de démontrer que la résolution proposée par la GUE témoignait d'une grande complaisance envers la dictature biélorusse. Craignant de perdre la face, Quatremer cherche en effet à donner à ses lecteurs l'impression qu'il avait eu connaissance de ce texte dès le départ : en axant tout son développement sur le texte de la GUE, il tente de faire croire que ce sont les insuffisances de ce dernier qui l'ont amené à attaquer sévèrement les députés du Front de Gauche. Ayant suivi de près la polémique, j'ai pris l'initiative de poster un commentaire sur le blog de Quatremer, afin de lui faire part de mes réserves sur ses méthodes, et de lui faire comprendre que son subterfuge n'avait pas fonctionné. Il n'a pas jugé bon de me répondre sur le fond : 

 

http://lesitedumexicain.free.fr/blog/quatremer/QM_ane.png

Ce qui est dommage pour lui c'est que, sur son blog, d'autres commentateurs sont parvenus au même constat que moi. D'abord un certain "Narvic" :

 

http://lesitedumexicain.free.fr/blog/quatremer/QM_narvic1.png

(...)

http://lesitedumexicain.free.fr/blog/quatremer/QM_narvic2.png

 

Quatremer ne dément pas ces affirmations, et se contente de répondre : « La résolution de la GUE était un rideau de fumée. Le point central dans mon petit billet est que M. Melenchon refuse de sanctionner la Biélorussie car il a une tendresse pour les dictatures rouges. La résolution de la GUE le confirme, c'est tout ». Peu satisfait par cette réponse, un autre commentateur remet le couvert :

  http://lesitedumexicain.free.fr/blog/quatremer/QM_hippo.png

 

Si Jean Quatremer ne dément pas, et en particulier lorsqu'il se donne la peine de répondre aux commentaires, c'est parce que j'avais vu juste : il n'était même pas au courant que la GUE avait émis une proposition de résolution... Ce qui nous donne une assez bonne idée du sérieux avec lequel ce journaliste effectue son travail. De ce cas d'école, nous pouvons déduire quelques règles de fonctionnement d'un médiacrate bien huilé.

 

Médiacrate : mode d'emploi

 

Le médiacrate n'ayant de comptes à rendre à personne, il n'a aucune obligation de rapporter les informations de façon impartiale, voir objective. S'il le souhaite, il peut même user de son statut de journaliste pour se livrer à des règlements de compte personnels. Si jamais la victime de ses attaques s'aventure à répliquer, ses confrères (fussent-ils Daniel Schneidermann) attribuent de toute façon la responsabilité de la polémique à la cible du médiacrate. Le médiacrate n'a nullement besoin de vérifier ses sources, puisque sa réputation est solidement établie. L'enquête journalistique n'est pas non plus de son ressort, dans la mesure où sa vision des choses prime sur la réalité des faits. Et quand bien même il aurait commis de graves fautes professionnelles, aucun confrère ne se risquerait à le reconnaître — et d'ailleurs lui non plus. Bref, vous l'avez compris : le médiacrate ne se trompe jamais. C'est d'ailleurs à cela qu'on le reconnaît.

 

Et la morale de l'histoire dans tout ça ?

 

Vous ne donnerez peut-être pas à boire à l'âne qui n'a pas soif, M. Quatremer. Mais une chose est sûre, c'est que jamais vous ne parviendrez à lui faire prendre des vessies pour des lanternes.

 

 

 

Notes :

 

[1] Jean Quatremer est correspondant de Libération à Bruxelles, où il fait office de spécialiste des affaires européennes. Il est resté tristement célèbre auprès du peuple de gauche pour sa défense acharnée du libéralisme européen et son rôle de pourfendeur des partisans du "non" au Traité Constitutionnel Européen en 2005.

 

[2] La liste des articles en question :

- "Jean-Luc Mélenchon opposé aux sanctions contre la dictature (rouge) biélorusse" (20/01/11).

- "Jean-Luc Mélenchon aime la dictature cubaine et le dit (bis)" (07/01/11).

- "Jean-Luc Mélenchon ou le bréviaire de la haine ordinaire" (21/12/10).

- "Jean-Luc Mélenchon aime la dictature cubaine et le montre" (15/12/10).

 

J'ai préféré ne pas donner les liens des articles, n'ayant aucun intérêt à gonfler les statistiques de fréquentation du blog de M. Quatremer.

 

[3] Et encore, je suis gentil, car à aucune moment M. Quatremer ne prend la peine de préciser que les députés se sont abstenus. En lisant son billet, on pourrait croire qu'ils ont carrément voté contre ce texte.

 

 

 

RAJOUT DU 27 JANVIER 2011 :

La réaction de Jean Quatremer après lecture de mon article :

 

http://lesitedumexicain.free.fr/blog/quatremer/quatremer_twitter.png

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Hanlig 29/12/2011 23:48


Un petit bravo pour l'humour, en particulier quand il s'appuie sur cette tête de noeud de 4mer. J'ai eu l'occasion de me fritter avec l'animal après la victoire du non au référendum de 2005;
j'avais réagi à son propos qui, en bref, pleurait la fin imminente de l'UE. Je me souviens qu'il m'a "insulté" de crypto-gauchiste, terme nouveau pour moi, mais qui, sommé à d'autres de ses
déclarations, indique bien que 4mer est resté bloqué à une époque où les chars russes effrayait les honnêtes gens (alors que maintenant ce sont les agressions gratuites par des "sauvageons" qui
tiennent ce rôle).


J'aime bien la citation de 4mer sur la bannière.

Batiste 14/02/2012 05:28


Le terme "Crypto-gauchiste", j'ai dû le voire passer au moins 32 fois rien qu'en lisant les commentaires de trois billets de son blog. C'est l'une de ses insultes préférées. Il y a quelques mois,
il m'a sorti sa phrase fétiche sur Twitter : "Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît". Peu de temps après, il a décerné son "Audiard d'or 2011" à Emmanuel Todd en utilisant la
même citation. Quand j'ai lu ça sur Arrêt sur Images, je me suis demandé si j'avais eu droit à celui en argent, en bronze ou en chocolat... Mon plus grand regret serait de ne pas être dans son top
10 !